Il devait être 6h30 du matin, quelque chose comme ça, lorsque l'abominable journal de la bourse de France Info présenté par un type à la voix endormie, me sortit enfin du lit. Je me souviens avoir remarqué que Dominique venait de partir au travail. J'avais passé une nuit agitée. Aussi, ma bouche était terriblement sèche, mes membres engourdis. Je mis un bon quart d'heure à me planter sur mes pieds, puis me suis dirigé au ralenti vers la cuisine américaine de notre petit appartement, situé en plein centre de Périgueux. Je sortais du frigo ma drogue favorite quand je me souvins que la cafetière nous avait définitivement lâchés la veille, dans un nuage de fumée noire. J'allais opter pour la solution « douche froide » quand le téléphone sonna. A l'autre bout du fil, la voix de mon nouveau coéquipier, le lieutenant Wimard. Depuis la démission de mon ancien partenaire suite à une enquête n'ayant pas du tout pris la tournure qu'il aurait souhaitée, j'étais obligé de me tapper le gendre du procureur, un petit rigolo de 32 ans (certes comme moi, mais c'était sans doute le seul point commun que nous partagions), prétentieux, râleur, et pas vraiment doué pour quoi que ce soit.
« Allo Alexis ?
-Ouais, laissais-je tomber dans un soupir.
-T'es chez toi j'espère ? J'passe te prendre dans 10 minutes, prépare toi. » Sans raison apparente, il venait de me demander l'impossible.
« Quoi ? Ca va pas non ? Y'est même pas 7h du mat', qu'est-ce qui te prend ? Karl, je te promets que si c'est une blague... » J'avais espéré cet avertissement un brun menaçant, mais je n'étais pas encore bien réveillé, et je doutais d'avoir été convainquant.
« Excuse moi, c'est vrai que j'ai l'habitude de te sortir du pieu à 6h49 pour rien... Non, sérieux, tu me prends pour le roi des abrutis, si je suis entrain d'user mon crédit pour t'appeler c'est pour une bonne raison. Le patron veut que toi et moi, nous allions nous promener en rase campagne, à 25 bornes d'ici. Il m'a dit que... »
Il commençait déjà à me saouler de bon matin.
Le ciel était gris anthracite, et une couche de nuage noir menaçait de se transformer à tout moment en un orage carabiné. La journée s'annonçait franchement mauvaise. [...] "




